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Depuis sa création en 1936, le Secours suisse d'hiver appelle chaque année à la générosité de la population au travers d'une affiche. En soutien à la campagne nationale lancée tous les ans à fin octobre, cette affiche doit sensibiliser le public aux activités de l'œuvre d'entraide et l'encourager à faire un geste en achetant la traditionnelle étoile ou en faisant un don. Une démarche dont l'efficacité ne s'est jamais démentie tout au long d'existence du Secours suisse d'hiver.
Par le passé, l'affiche a parfois été signée de grands noms, comme Richard Paul Lohse, Ernst Keller, Gérard Miedinger, Pierre Monnerat ou encore Paul Sollberger, qui tous à leur manière ont une place au Panthéon du graphisme suisse. Si le Secours d'hiver a souvent organisé des concours pour la création de son affiche annuelle, il en a aussi donné directement mandat à des graphistes renommés.
Dès 1956, cette tâche a été confiée à des classes d'arts graphiques de diverses écoles suisses d'arts appliqués. Le Secours suisse d'hiver pouvait ainsi non seulement contribuer à l'émergence de la relève du graphisme suisse, mais aussi rajeunir et populariser l'image du travail social en confiant sa promotion à des créateurs prometteurs. On constate que cette démarche a permis un foisonnement d'idées novatrices. Les affiches d'une constante haute valeur artistique ont porté la renommée et la philosophie du Secours suisse d'hiver à travers tout le pays. La qualité de ces travaux a été largement reconnue, puisque pas moins de vingt ont été récompensés par le Département fédéral de l'intérieur au titre des plus belles affiches de l'année. Plusieurs ont même participé récemment à des concours internationaux.
Un remarquable succès dont le Secours suisse d'hiver est redevable à la participation enthousiaste et engagée de générations de jeunes graphistes et de leurs enseignants. C'est déjà une tâche exigeante que de créer une affiche à vocation publicitaire, qui doit le plus efficacement possible pousser à la vente d'un quelconque produit: les joies des vacances, une nouvelle voiture, un crédit plus avantageux, une eau minérale vivifiante, un chocolat d'exception. La difficulté est tout autre lorsque c'est une idée à caractère social qu'il faut porter. Aucune valeur ajoutée à mettre en avant, aucun apport concret – c'est juste un petit effort qui est demandé: donner un peu d'argent sans rien attendre en retour, quelques sous pour aider à remettre sur les bons rails les oubliés de la prospérité. La démarche exige du créateur un autre état d'esprit, pour faire passer un message atypique: il doit plus faire appel à la réflexion qu'à la satisfaction liée à l'acte d'achat.
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On constate un fort engouement des jeunes graphistes à participer à des concours de classes ou d'écoles. La création d'une affiche représente pour eux un intérêt particulier. Mais pourquoi une telle fascination? L'affiche est une œuvre complète en soi, qui demande une bonne dose de réflexion et de talent artistique, une tournure d'esprit particulière pour faire converger l'image et le message, pour trouver l'harmonie entre la forme et le fond. Le message principal d'une affiche doit être immédiatement intelligible, tout en donnant l'envie d'en savoir plus. Le panneau d'affichage est en quelque sorte la galerie du graphiste, son art est celui de la rue. Quand une galerie ouvre ses portes à un artiste, il ne se refuse pas: créer une affiche est toujours une aventure fascinante. D'ailleurs, chez ceux qui se sont senti la vocation de prendre le pinceau et le crayon de couleur pour devenir graphistes, beaucoup disent avoir rêvé de créer un jour une affiche. Pour eux, la campagne annuelle du Secours suisse d'hiver est une occasion idéale de réaliser ce rêve.
Le jury n'a pas la tâche facile à choisir chaque année le meilleur projet. Il lui revient d'opérer une sélection progressive parmi les travaux qui lui sont soumis pour finir par se fixer sur la meilleure création, celle qui sera à même de porter le mieux le message du Secours suisse d'hiver. Le processus donne lieu à maintes discussions animées jusqu'à la désignation du projet lauréat, d'autant que le mandat donné aux écoles se limite à dessein à l'essentiel, afin de ne pas fixer de limites trop contraignantes à l'imagination des jeunes créateurs. Le logo du Secours d'hiver doit certes être présent et l'image véhiculer une idée forte, mais il n'est pas nécessaire que le projet s'inscrive dans le prolongement des campagnes des années précédentes. Tout ce qui compte pour le mandant, c'est la qualité artistique de l'affiche et la force de son message. Donner ainsi carte blanche aux graphistes reste peu courant dans le domaine caritatif, ce dont on ne peut que remercier le Secours suisse d'hiver.
Cette confiance accordée aux créateurs est payante: les participants nous ont soumis des projets qui, tant sur le plan artistique et technique qu'au niveau du contenu, s'inscrivent pleinement dans l'air du temps. Si à une certaine époque le nom de l'œuvre d'entraide et son étoile emblématique suffisaient pour assurer le succès de la collecte, aujourd'hui il s'agit plutôt de mettre en scène le contexte social, l'ambiance propre au thème de l'année. On n'arrête pas le progrès: notre environnement, notre vie, nos idées évoluent sans cesse – et c'est cette évolution que doivent refléter les affiches du Secours suisse d'hiver.
Jacques Plancherel, graphiste, ancien président du jury de sélection des affiches Zurich, le 6 octobre 2006
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