Les dépenses de santé continuent de peser

« De nombreuses personnes doivent choisir chaque mois quelles factures elles peuvent payer »

Dans le canton de Schaffhouse, les primes d’assurance-maladie augmenteront de 6,4 % en 2027. Le canton enregistre ainsi la deuxième plus forte hausse en pourcentage de Suisse. La prime mensuelle moyenne, toutes classes d’âge confondues, s’élèvera désormais à 401,20 francs*. Dans cette interview, Daniela Tuchschmid, responsable du Secours d’hiver Schaffhouse, explique les conséquences de cette évolution pour les personnes disposant d’un budget limité.

Comment la hausse des primes d’assurance-maladie affecte-t-elle les personnes que vous soutenez ?

Cette nouvelle augmentation des primes d’assurance-maladie va représenter une charge supplémentaire pour les ménages à faibles revenus. À mon avis, les personnes particulièrement touchées sont celles qui vivent déjà aujourd’hui juste au-dessus du minimum vital et qui disposent de peu, voire d’aucune réserve financière.

Pour les familles notamment, des primes plus élevées peuvent avoir un impact important. Combinées aux coûts élevés du logement, à la hausse parfois considérable des charges et à l’augmentation générale du coût de la vie, elles réduisent encore davantage la marge financière disponible pour d’autres dépenses nécessaires.

Dans notre travail quotidien, nous constatons depuis plusieurs années que de plus en plus de personnes ont des difficultés à couvrir leurs dépenses courantes. Nous rencontrons particulièrement souvent des ménages dont le revenu devrait, en principe, suffire à couvrir les frais de subsistance, mais qui disposent de très peu de marge financière pour des dépenses supplémentaires ou imprévues.

Les primes d’assurance-maladie représentent à cet égard une charge importante. Si les coûts fixes continuent d’augmenter, ces ménages doivent inévitablement économiser ailleurs ou ne peuvent plus payer certaines factures. Les primes d’assurance-maladie elles-mêmes sont également concernées. De nombreuses personnes doivent choisir chaque mois quelles factures elles peuvent payer et lesquelles elles doivent reporter. Il arrive ainsi que même des factures essentielles restent impayées. Cela entraîne une augmentation des dettes, par exemple auprès des caisses-maladie ou des propriétaires.

Comment évolue la demande de soutien et quel rôle jouent les hausses de primes ?

Oui, je pars du principe que la hausse des primes d’assurance-maladie aura également un impact sur la demande de soutien.

Depuis plusieurs années déjà, nous constatons une augmentation du nombre de demandes. Au cours du dernier exercice, nous avons reçu 331 demandes, soit environ 10 % de plus que l’année précédente.

L’augmentation constante des coûts fixes pèse encore davantage sur des budgets déjà serrés. Il manque alors de l’argent pour d’autres dépenses nécessaires. Dans notre travail quotidien, il est donc souvent impossible d’isoler une seule cause à l’origine d’une situation de détresse financière.

D’après mon expérience, les difficultés financières résultent généralement de l’accumulation de plusieurs facteurs. Cette nouvelle hausse importante des primes ne fait qu’aggraver encore la situation.

Comment fonctionne la réduction individuelle des primes dans le canton de Schaffhouse et où se situent, selon vous, les principales difficultés ?

Dans le canton de Schaffhouse, la réduction individuelle des primes est gérée par l’Office des assurances sociales. Le droit à cette aide dépend de la situation économique. Le calcul tient compte du revenu déterminant, de la fortune ainsi que des primes de référence fixées par le canton.

En principe, les valeurs fiscales datant de deux ans sont utilisées pour le calcul. Cela peut poser problème, notamment pour les personnes dont le revenu s’est entre-temps fortement détérioré.

La réduction individuelle des primes doit en principe faire l’objet d’une demande. Les personnes qui, sur la base de leurs données fiscales, sont vraisemblablement éligibles reçoivent un formulaire de demande. Celles qui ne reçoivent pas de formulaire doivent entreprendre elles-mêmes les démarches. Le délai ordinaire pour déposer une demande se termine chaque année le 30 avril. La réduction des primes est versée directement aux caisses-maladie.

À mon avis, la réduction des primes ne suffit pas dans tous les cas à soulager suffisamment les ménages à faibles revenus. La situation est particulièrement difficile pour les personnes qui se situent juste au-dessus de certains seuils d’octroi ou qui ne bénéficient que d’une faible réduction.

Il faut également se demander si toutes les personnes qui auraient droit à cette réduction en bénéficient réellement. Je constate régulièrement que certaines personnes qui nous adressent une demande ne savent pas qu’elles peuvent solliciter une réduction individuelle des primes ou ne sont pas suffisamment informées sur la manière d’effectuer la demande. Le département compétent estime qu’un minimum de participation peut être exigé lorsqu’il s’agit de percevoir des prestations publiques. Je considère toutefois que la première demande est particulièrement difficile pour les personnes rencontrant des problèmes linguistiques. Tout le monde n’est pas en mesure de remplir correctement un tel formulaire sans aide.

Une difficulté supplémentaire réside dans le fait que la réduction individuelle des primes ne peut pas être demandée à tout moment : le délai ordinaire expire déjà à la fin du mois d’avril de l’année en cours.

Le traitement des demandes peut également prendre un certain temps. Cela peut avoir pour conséquence que les personnes concernées doivent, au début de l’année et pendant plusieurs mois, payer dans un premier temps l’intégralité de leurs primes d’assurance-maladie, ce qui pèse encore davantage sur un budget déjà très serré.

Que signifie cette situation pour l’allègement financier des ménages l’année prochaine ?

Je ne peux pas encore évaluer de manière définitive dans quelle mesure l’augmentation des primes en 2027 sera compensée par une adaptation correspondante des primes de référence et une hausse des réductions de primes. À ma connaissance, aucune mesure supplémentaire spécifique d’allègement financier liée à la forte hausse des primes en 2027 n’est prévue à ce jour.

Communiqué de presse du Secours suisse d’hiver du 2 novembre 2026

*Source : Primes mensuelles cantonales moyennes, toutes classes d’âge confondues, 2026/2027, de l’assurance obligatoire des soins, y compris franchises à option et modèles d’assurance.